POSTEL (G.)


POSTEL (G.)
POSTEL (G.)

POSTEL GUILLAUME (1510-1581)

Un des principaux représentants de la Renaissance, dont il vécut le mythe en se proclamant le «premier-né de la restitution». Celui qui signe d’abord G. P. Barentonius Doleriensis (il est né d’une humble famille de Barenton, hameau de la Dolerie dans la Manche, où il a maintenant son vitrail dans la chapelle de Montéglise) est, dès 1538, «lecteur royal pour les mathématiques et les langues étrangères». Choisi, en raison de son génie précoce, pour accompagner à Constantinople le premier ambassadeur (1535-1537), il a en effet rapporté, avec de précieux manuscrits arabes scientifiques, un Linguarum duodecim characteribus differentium alphabetum , alphabet de douze langues (comportant la première grammaire arabe). Postel, qui a connu Barberousse, Ibrahim Bassa et d’autres personnages de la cour de Soliman, est le protégé de Marguerite d’Angoulême et de François Ier (dont il écrira une vie). Il va être aussi celui du chancelier G. Poyet, qui lui donne un doyenné pour compenser les retards du salaire royal; mais c’est, avec la disgrâce du chancelier, l’origine de sa première crise spirituelle. Comme dans les crises qui suivront, Postel est alors le «scrivetoste», la plume au service de l’Esprit, et il écrit en trois mois, par un hiver si rude qu’il réchauffait la plume en sa bouche, le gros in-folio du De orbis terrae concordia , La Concorde du monde (une société des amis de G. Postel fera poser, en 1939, une plaque à la mémoire de «l’apôtre de la concorde universelle» dans l’ancien monastère de Saint-Martin-des-Champs, où il mourut). L’ouvrage est publié à Bâle par l’ancien famulus de Paracelse, Jean Oporin, en 1543.

Postel vient de quitter Paris, faute d’avoir été écouté par le roi, qu’il est allé admonester d’avoir à se réformer, lui et son royaume, s’il veut être le monarque de l’univers. Postel, qui lit les prophéties, croit que François, donné par le ciel à Louise de Savoie grâce aux prières de François de Paule, a droit à cette monarchie, puisqu’il est descendant de Gomer, fils de Japhet. Il se croit lui-même le «pape angélique» de la tradition joachimite. Devenu «Gaulois cosmopolite», il tente de s’agréger aux apôtres de la naissante Compagnie de Jésus, qu’il admire pour leur «vie en pauvreté, mespris et douleur». Il reçoit les ordres et signera «prêtre de profession apostolique». Mais Ignace de Loyola chasse ce pape angélique gallican, qui rêve de l’Empire pour son roi et dénonce l’hérésie des Jésuites: ne placent-ils pas le pape au-dessus du concile, dont les pères se réunissent à Trente?

De 1547 à 1549, Postel est à Venise, où il connaît Daniel Bomberg, l’éditeur des Bibles hébraïques et du Talmud. Il y devient le confesseur d’une dévote stigmatisée, qui se prend, elle aussi, pour le pape angélique, la mère Jeanne, la Vierge vénitienne; elle l’aide à entendre les livres de kabbale qu’il traduit alors (le Bahir , le Zohar ; il ne publiera qu’en 1552 sa traduction du Sefer Yesira , Le Livre de la Création ). Il signe «Élie qui a toute l’intelligence» un Candélabre de Moïse en hébreu et «Elias Pandochaeus» (Élie l’Hospitalier, par allusion à l’hôtelier de la parabole du bon Samaritain et au rôle de sa mère Jeanne, qui assure au petit hôpital des Saints-Jean-et-Paul l’économat et la cuisine) sa Panthenosia, compositio omnium dissidiorum , La Concorde de tous les différends entre religions et sectes .

Après un second voyage au Proche-Orient, d’où il rapporte des manuscrits arabes et syriaques, il se proclame à Paris, pour la Noël de 1551 ou l’Épiphanie de 1552, le «premier-né de la mère Jeanne». Il a subi l’«immutation» et offre de faire la preuve de son immortalité sur un bûcher, tout en attaquant en justice des hérétiques qui auraient voulu l’empoisonner. On le retrouve à Vienne, où il offre à l’empereur Ferdinand, qui l’a fait professeur royal, la monarchie universelle, dont n’ont pas voulu ses cousins, les rois de France. Il collabore avec le chancelier Johann Albrecht von Widmanstetter à l’édition du premier Nouveau Testament syriaque (1555). Mais Postel se rend bientôt de nouveau à Venise, où, venu demander raison de l’inscription de son nom à l’Index, il est soumis à un procès qui s’achèvera par sa condamnation comme amens , fou. Il a notamment demandé de faire la preuve de son immortalité par son immersion en mer. Délivré des prisons de Rome (où il reste de 1555 à 1559) par l’émeute qui suit la mort de Paul IV, il tente une ouverture auprès des réformés de Bâle (1560), puis retourne en France. Il sera confiné définitivement, pour scandale, à Saint-Martin-des-Champs, où il mourra, ayant accumulé maintes élucubrations dont aucun éditeur catholique ou réformé ne veut. Il publie cependant, contre les sacramentaires, Le Miracle de Laon (1566), où une possédée a été délivrée par l’Eucharistie; le livre est signé du nom de Petrus Anusius Synesius, c’est-à-dire Pierre (qui est le pape angélique), qu’on a condamné comme amens et qui a pourtant toute l’intelligence. Restitué dans l’état d’Adam avant la chute, Postel récapitule en effet dans son enseignement la loi de Nature, la Loi de Moïse et la loi de Grâce. Il collabore encore par l’intermédiaire de son «disciple élu», Guy Le Fèvre de La Boderie, à la Polyglotte royale d’Anvers (1572), qu’édite C. Plantin, membre secret de la Famille de la charité. Il finira en «Rorisperge, doyen des lecteurs du Roy», qui est le sens du nom de Postel en hébreu, selon l’«émithologie» retrouvant la vérité (emeth ) de la langue sainte d’Adam, qu’avait obscurcie l’étymologie des Grecs menteurs.

Le «docte et fol Postel», qui, outre la première grammaire arabe, la première traduction du Sefer Yesira , a publié la première traduction du Protévangile de Jacques et dressé la première carte du monde en projection polaire (pour y loger d’ailleurs le paradis terrestre), reste le maître d’une école française où brillent Guy Le Fèvre de La Boderie, poète de La Galliade (1578) et de l’Encyclie des secrets de l’éternité (1570), et traducteur du De harmonia mundi (1578) du kabbaliste chrétien François Georges de Venise, et Blaise de Vigenère, auteur du Traicté des chiffres (1586).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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